6 Mois

RGPD : et si l’Europe avait raison ?

Facebook en directeur des affaires publiques de l’Union Européenne  

« Je cherchais comment faire campagne pour notre règlement sur la protection des données. Voilà, c’est fait […] Merci M. Zuckerberg. » Vera Jourova, commissaire Européen à la justice et en charge du sujet RGPD (Règlement Général sur la protection des données) se délecte. 
Entre ses déclarations “pro RGPD” devant le congrès américain et la campagne de pub diffusée mi-avril dans les grands quotidiens européens, Facebook offre au RGPD la visibilité que cette réglementation mérite. 
Empêtré dans le scandale “Cambridge Analytica”, Facebook n’avait d’autres choix que de se lancer dans cette mission de “DataWashing”. Mais cette visibilité renforcée autour de la gestion et de la  protection des données permettra-t-elle à l’Union Européenne d’imposer ce standard à travers le monde ?  

Le RGPD doit être perçu comme une avancée collective 

Ces dernières années, on peut lire très régulièrement dans la presse spécialisé que le consommateur reprend le pouvoir. 
Le consommateur est moins sensible au discours publicitaire et cherche dans ses achats un bénéfice émotionnel ou rationnel. 
Il se renseigne, compare les prix et les modèles, lit les avis, retourne son produit . 
En revanche, ce consommateur a parfois l’impression d’être “suivi”, “tracé” .
Le retargeting permet depuis longtemps aux réseaux publicitaires de proposer une promotion sur un hôtel ou sur un vol recherché 24h plus tôt par l’internaute. Mais ce dernier sait-il vraiment comment et pourquoi il est ainsi ciblé ? 
Il y a quelques jours, Buzzfeed révélait que Grindr avait partagé le statut HIV de ses membres sans qu’évidemment l’internaute ne soit prévenu que son éventuelle séropositivité pourrait être communiquée à des tiers. 
À plus grande échelle, il suffit de cliquer ici pour savoir quelles données et quels profils Facebook partage avec les annonceurs. 
Il ne s’agit que d’une infime partie du business de la donnée qui s’intensifie de jour en jour.
Le RGPD doit donc être considé comme une avancée supplémentaire pour les consommateurs.
Chaque internaute aura ainsi le pouvoir de partager ou non avec les marques les données qu’il désire.  

Le RGPD va-t-il tuer l’IA made in Europe ?  

Pour faire de l’intelligence artificielle il faut un algorithme, une puissance de calcul mais surtout … 
un volume important de données à traiter  
Les détracteurs du RGPD ont donc trouvé leur cheval de bataille. 
Le RGPD va tuer l’IA made in Europe et laisser le champ libre aux Américains et aux Chinois ! 
Un argument un peu réducteur car : 
  • La RGPD ne signifie pas la fin des données. Il s’agit d’une réglementation qui permet à chaque internaute un “consentement éclairé” concernant l’usage de ses données. 
  • La CNIL a prévu quelques dérogations pour certaines expérimentations de BigData.  
  • Comme le mentionne  le rapport Villani, “la révision prochaine de la directive sur la réutilisation des informations du secteur public doit être l’occasion d’accélérer le mouvement d’ouverture des données publiques. [….] La réforme actuelle du droit d’auteur devrait permettre d’autoriser les pratiques de fouille de texte et de données dans un objectif de compétitivité de notre recherche publique” 
Bref, la donnée nécessaire au développement de l’IA en Europe existe et l’argument anti-RGPD apparait un peu faible. 
 

La route sera longue   

La course à la mise en conformité est lancée et tous les acteurs, qu’ils soient européens ou américains, semblent jouer le jeu ! 
Les mails concernant la sécurisation de nos données en vue du 25 mai fleurissent dans nos boites de réception. 
Mais si le RGPD redonne du pouvoir à l’internaute, il est de notre responsabilité de prendre quelques minutes de notre temps pour nous offrir un consentement libre (non forcé) et éclairé (les individus doivent être avertis clairement sur les objectifs). 
Après avoir vanté les mérites du RGPD, Facebook a discrètement modifié l’adresse de son siège social dans les conditions d’utilisation de 1,5 milliard de ses utilisateurs. Objectif ? Éviter de soumettre au Règlement européen sur la protection des données ses utilisateurs situés en dehors de l’Union. 
Plus effrayant encore, les utilisateurs européens ont depuis quelques jours accès à un formulaire RGPD leur demandant quelles informations ils souhaitent partager avec leur réseau social préféré. Une initiative “RGPD friendly” qui ne passe pas quand… à la deuxième ligne du formulaire, Facebook nous demande de vérifier “une option pour activer la reconnaissance faciale”. Un projet déjà initié par Facebook en 2012 et stoppé sous la pression du G29 (le groupe des "CNIL" européennes) 
Si d’aventure vous souhaitiez désactiver cette reconnaissance faciale, il vous faudra environ 5 clics et la lecture de quelques arguments proches de la manipulation. 
Attention, si vous n’activez pas la reconnaissance faciale proposée par Facebook, vous risquez de vous faire usurper votre identité. 
Il fallait oser, Facebook l’a fait ! 

Stephane Clousier

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