7 Mois

Un petit pictogramme vaut mieux qu’un long discours

 
picto-cochon-tirelire
 On peut définir un pictogramme comme un signe graphique simple, qui suggère une idée complexe. Au quotidien, on les croise partout - si bien que l’on n’y fait même plus attention.
Ils illustrent la météo d’Évelyne Dhéliat, vous conseillent sur la température de lavage de votre pull préféré, vous informent que votre boîte de cookie triple chocolat se recycle dans le bac jaune (à moins que ce ne soit le bac vert ?), ou vous alertent d’un nouveau message sur votre téléphone. 
Ils indiquent, précisent, illustrent, informent, orientent… Bref, les pictogrammes signifient une idée, un concept, un sujet. Parmi ces signes, nombre sont même devenus des standards. 
Prenons l’exemple de ce message que vous venez de recevoir sur votre téléphone. Ce nouveau message, si c’est un sms, sera symbolisé par le phylactère de vos BD préférées. Si c’est un mail, par une sacro-sainte enveloppe en papier. Old school, me diriez-vous ? Normatif, serait plus exact. Il y a des concepts dont la traduction graphique demeure inchangée, car normée.  
J’en veux pour preuve ma dernière mésaventure avec… Un cochon tirelire. Un beau matin, j’accepte une mission : on me demande de créer un pictogramme épargne”. Je pense aussitôt à dessiner un cochon tirelire. Mais ne devrait-on pas arrêter de stigmatiser les petits cochons roses ? Pourrions-nous innover ? 
D’abord, nous sommes très peu, passés 12 ans, à conserver encore nos économies dans un cochon tirelire. Pourtant, tout le monde sait qu’en accumulant son argent dans un petit cochon tirelire, on fait des économies. Ce qui, en langage bancaire, signifie épargner. Cette représentation visuelle de l’épargne est standard en Occident, pratiquement traditionnelle : elle est reconnue, comprise et utilisée par tous.
Dès lors, si je modifie cette traduction graphique, comprendrez-vous toujours qu’en cliquant sur ce pictogramme, vous pourrez consulter les avoirs de votre livret A ? Auriez-vous toujours confiance dans l’action qu’on vous amène à effectuer ? Pas sûr. 
Mais si tu écris le mot « épargne » à côté de ton nouveau picto, les gens comprendront !” Dans ce cas, le mot signifierait le pictogramme - alors que c’est le pictogramme, qui devrait signifier le mot. Malheureusement, en suivant cette logique, mon pictogramme, aussi beau soit-il, n’aura plus d’utilité.
S’il est tout à fait possible de créer de nouveaux pictogrammes pour signifier de nouvelles idées, il est plus complexe de réinventer certains pictogrammes déjà très utilisés. C’est un peu comme changer le mot d’une langue : on risque de ne pas être compris.  
Ne vous inquiétez pas : cela ne signifie pas que la créativité est morte. Parfois il s’agit avant tout de se faire comprendre par l’utilisateur - et c’est déjà un gros enjeu en soi.

Emeline Duboquet
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