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Facebook a-t-il perdu la face ?

Cela fait plusieurs années que la mort du réseau social Facebook est annoncée, pourtant nous continuons encore aujourd’hui à l’utiliser. Désintéressement, scandales, méfiance… voyons ce qu’il en est vraiment.

Cambridge Analytica, le début de la fin ?

Aujourd’hui en France et en Europe, les sujets des données sur le web sont devenus particulièrement sensibles. Les scandales de piratage et de manipulations de données se multiplient, portant préjudice à la réputation des acteurs impliqués, et notamment les GAFAM.

Facebook a déjà beaucoup fait parler de lui, en raison des fake news diffusées sur le réseau, des accusions de manipulation des trending topics, des dérives des suppressions de compte et de censure… Et c’est dans ce contexte sensible qu’a éclaté le scandale Cambridge Analytica en mars 2018, que certains considèrent comme la « pire crise de l’histoire du réseau ».

Rappelons brièvement l’affaire. Cette entreprise britannique de conseil en communication stratégique a été accusée d’utiliser, sans leur consentement, les données de dizaine de millions d’utilisateurs Facebook pour la campagne de Trump. Comment ? Grâce à un quizz politique qui rémunérait ces derniers. Ce qui a été pointé du doigt, ce n’est pas la potentielle participation de Facebook dans l’affaire, mais son laxisme et son manque de réactivité face à la situation.

 
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Rachat de conscience

Déjà jugé coupable de légèreté pendant la campagne de 2016, Facebook a multiplié les annonces ces derniers temps pour se racheter une conduite : une application va être mise en place, permettant aux « chercheurs et journalistes » d’analyser « plus facilement » dans ses archives « les publicités » en relation avec les sujets d’importance nationale. Annoncé également, la suppression du ciblage sur des critères religieux ou ethniques (un ciblage qui n’était pas pratiqué car interdit en France).

Facebook a également mis en place une notation de ses utilisateurs, via un « indice de crédibilité ». Chaque internaute présent sur Facebook reçoit ainsi une note de 0 à 1, attribuée en fonction des signalements effectués par les internautes. Cette lutte contre la désinformation concerne, par ailleurs, les créateurs de fausses pages. Facebook a annoncé avoir « supprimé 652 pages, groupes et comptes ».

Sur un autre plan, la firme a annoncé la mise en ligne d’outils permettant de mieux gérer son temps passé sur Facebook comme sur Instagram. « Aider les gens à communiquer est plus important que de les pousser à passer le plus de temps possible sur Facebook », assurait ainsi Mark Zuckerberg en février dernier.  

Une crise passagère ?  

La crise Cambridge Analytica était-elle réellement la pire crise de l’histoire du réseau ? A Wall Street, le titre Facebook a chuté en bourse de 6,8%, fin mars, ce qui équivaut à une perte de 36,7 milliards de dollars . Avant de remonter, puis de subir de nouveau une perte de 114 milliards de dollars fin juillet : une lourde sanction boursière après la publication de ses résultats du deuxième trimestre, rendant compte d’une décélération de ses activités qui déçoit les analystes. Côté utilisateurs, la campagne #DeleteFacebook est apparue, dénonçant le manque de vie privée sur le réseau. Des marques et célébrités comme Tesla ou Jim Carrey ont supprimé leur compte, ainsi que de nombreux anonymes.

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Parallèlement à cela, près de 17 millions d’utilisateurs âgés de 45 ans et plus ont rejoint le réseau entre février et avril 2018. Qu’est-ce que cela nous dit ? Que la réputation de Facebook a beau être entachée, le réseau continue d’attirer de nouveaux internautes, et que même cette grosse crise n’a pas signé l’arrêt de mort de Facebook. Cette information nous montre également un élément fondamental de l’avenir du réseau : son vieillissement.

 

« Et toi t’as Facebook ? », « Non, c’est pour les yeuves »

Facebook a connu une chute de 10 millions d’utilisateurs ayant entre 13 et 17 ans depuis janvier 2018. Les utilisateurs plus âgés arrivent tardivement sur le réseau, tandis que les plus jeunes ne s’inscrivent parfois même plus, lui préférant Instagram et Snapchat pour citer les plus gros.

Quelles sont les raisons qui peuvent expliquer ce choix ? Si Facebook commence à être intégré par les plus vieux, cela signifie que les parents voire les grands-parents se mettent à l’utiliser. Certains adolescents ne veulent tout simplement pas se confronter aux demandes d’amis de leur famille, ou encore aux fameuses photos « dossiers » d’eux sur le pot ou sans aucune dent de devant.

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C’est pourquoi les jeunes apprécient autant Snapchat : il faut connaître le pseudonyme de la personne pour la retrouver et on ne communique qu’avec ses amis proches.

Beaucoup d’études ont été menées sur l’émergence de ces réseaux chez les jeunes, et les conclusions sont loin d’être positives, affirmant qu’Instagram et Snapchat sont les pires réseaux pour la santé mentale et le bien-être de ces derniers. En effet, sont mis en cause le culte de l’image, avec des photographies toujours plus retouchées, et le sentiment que leur vie n’est pas assez animée en voyant celle de leurs influenceurs préférés.  

En attendant, il parait vraisemblable que la question de la « mort de Facebook » continuera de se poser pendant les prochaines années, au gré des critiques envers sa toute-puissance. Facebook garde pour l’instant une position dominante, fort d’un ensemble de fonctionnalités l’ayant rendu incontournable auprès d’une audience très large.

Claire Le Goff

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