Un article écrit par Noé Melon

Un blanc-seing sans confession

 

De toutes les couleurs, c’est la seule à n’avoir aucune connotation négative. Serait-elle la couleur parfaite ? Pas si sûr. La rançon de la gloire, c’est que cette couleur dite neutre crée comme une distance : elle est perçue comme une couleur froide. Comme le noir, elle fait partie de ces couleurs qu’on ne définit pas comme telle, une « non-couleur ».

L’impossible couleur

Dans le spectre lumineux, elle est l’addition de toutes les couleurs alors qu’en peinture elle est justement la couleur que l’on n’obtient par aucun mélange. Il y a, particulièrement en art, un fantasme lié à la couleur blanche, au même titre qu’il y a une hantise du syndrome de « la page blanche » chez les écrivains. En 1918, Kasimir Malevich, tête de file du mouvement minimaliste, décide d’épurer de plus en plus ses toiles. Il ira jusqu’à peindre ce qu’il décrira comme la pièce maîtresse de sa carrière : un carré blanc sur fond blanc. Pour Malevitch, le blanc représente (à ce moment là) l’infini, le cosmos. Malheureusement, sa vision de cette couleur changera, voyant dans sa toile la mort de la peinture (ce qui le mènera à faire une dépression).

Carré blanc posé sur un fond blanc.
Carré blanc sur fond blanc, Kasimir Malevich, 1918

Le blanc du commencement

Si le noir est le « rien » et l’obscur, la genèse biblique comme scientifique commence par la lumière. Le blanc, c’est le commencement, la lumière divine, la naissance, et donc, évidemment, la pureté, l’innocence et le virginal. Il est également souvent associé au lait et à l’œuf, qui sont des représentations très fortes de la naissance et la maternité.

Le blanc spirituel

Le blanc a une connotation très spirituelle : dans la dichotomie du bien et du mal, le blanc est évidemment le bien. Il est la couleur de Jésus et Marie, de l’hostie, du Pape, de l’enfant que l’on baptise en blanc. Dans la mythologie grecque, il est d’ailleurs déjà la couleur des dieux. Zeus se plaît à apparaître sous la forme d’un taureau blanc ou d’un cygne (généralement pour séduire les femmes mortelles). Les animaux blancs sont aussi de bons présages. En occident, la colombe représente la paix et la cigogne apporte les nouveaux nés, alors qu’en Chine le héron blanc représente l’immortalité.

Peinture baroque représentant l'accomplement entre Léda et Zeus, venu sur terre sous forme d'un cygne blanc
Léda et le cygne, Rubens, 1601

Le blanc est également associé aux esprits et aux défunts. Qui n’a jamais passé une soirée à se raconter les très célèbres histoires de fantômes ou de la Dame Blanche jusqu’à ne plus pouvoir dormir… ? Il s’agit très certainement d’une des rares symboliques liée au blanc qui soit négative. D’ailleurs, en fonction des cultures, l’association de la mort et du blanc peut même devenir positive. En Asie par exemple, le blanc a longtemps été la couleur des vêtements de deuil pour rappeler l’esprit du défunt. Ce n’est plus la mort angoissante, mais la mort apaisée, commémorative.

La pureté et l’hygiène

Le blanc est également la couleur de tout ce qui a trait à l’hygiène, à la propreté et à la stérilité. Cela en fait la couleur privilégiée pour les sous-vêtements, le milieu médical mais aussi pour les métiers de l’alimentaire, qui portent tous, du blanc. Psychologiquement, le blanc rassure dans des domaines où nous sommes particulièrement sensibles à l’hygiène. C’est cette connotation qui pousse également les marques de cosmétique à utiliser beaucoup de blanc.

Trace de peinture blanche texturée.

Un design minimaliste

Le minimalisme est un mouvement artistique qui naît dans les années 1960, notamment en opposition au Pop Art. Depuis, ce terme définit un style esthétique et même un mode de vie : la légèreté, le futurisme, l’épuré. Se contenter du minimum devient un idéal. Dans le domaine du luxe, le minimalisme signifie évoluer dans un monde pur et élégant où rien n’est sale ou en désordre. Icône du luxe minimaliste : le N°5 de Chanel. Depuis 1920, ce parfum est le plus vendu au monde. Il ne s‘est jamais séparé de son packaging blanc aux arêtes noires.

Packaging blanc du parfum Chanel n°5.
Packaging du Parfum Chanel N°5

La robe de mariée

À l’époque Napoléonienne, la France, libérée de la noblesse par la Révolution, se débarrasse de l’opulence aristocratique et des corsets étouffants. La bourgeoisie, qui souhaite se démarquer de la Cour Royale, s’inspire de la Grèce Antique, de ses longues robes de mousseline, de ses tissus vaporeux et fluides, le tout majoritairement blanc. Suite à une série de morts par pneumonie, on oublie rapidement la très légère robe « empire » mais le blanc perdure. Toujours considéré comme une marque d’élégance et de richesse, il devient progressivement l’apparat de la mariée.

Alors qu’auparavant, pour l’occasion, les mariées portaient simplement leur plus belle robe accompagnée d’un voile, tout change au XIXe siècle. En 1840, lorsque la reine Victoria épouse le prince Albert, elle décide de s’habiller en blanc. Évocation de la virginité, du voile de la Vierge Marie, ou de la nonne, le blanc passe donc du voile à la robe et présente la mariée comme chaste et pure au moment de s’unir à son époux devant l’autel.

Peinture avec au centre la reine Victoria vétue de blanc et entourée de ses servants.
Le mariage de la reine Victoria et du prince Albert, George Hayter, 1840-1942

S’il est qualifié de « non couleur », le blanc n’en est pas moins un symbole de perfection. Pureté des âmes, des produits ou des paysages, le blanc est aussi celui qui va révéler les autres couleurs en leur offrant un contraste salvateur.